UN DROIT ACQUIS ?

Mars 2025

Cinquante ans après la dépénalisation de l’IVG et un an après la constitutionnalisation du droit à l’avortement, le combat pour la liberté de choix est-il terminé en France ?

« Oh! C’était il n’y a pas si longtemps », réalise Lucile, 30 ans, lorsque nous lui demandons ce que représente, pour elle, le cinquantième anniversaire de la loi Veil. En effet, c’est le 17 janvier 1975 que fut promulguée la loi relative à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) mettant fin à la pénalisation de l’avortement. Une époque que Marie, Fontenaysienne de 74 ans, a bien connue. « C’était essentiel: cette loi renforçait l’idée que les femmes avaient des droits sur leur propre corps », revient-elle. Avant cela, dans les 70, elle a été militante avec le Mouvement pour la liberté de l’avortement et la contraception, le MLAC. « C’est là que j’ai rencontré des "sœurs" qui m’ont éduquée sur ces questions,se souvient-elle. Il y avait aussi des hommes. Nous soutenions celles de tous âges qui en avaient besoin. Nous nous transmettions des informations et nous avions un réseau de médecins qui acceptaient de pratiquer l’avortement en milieu hospitalier. J’ai moi-même pu bénéficier d’un de ces avortements "hors la loi". C’était déjà mieux qu’à l’époque de ma grand-mère qui, nous l’avons su plus tard car cela ne se disait pas, pratiquait avec l’aiguille à tricoter. Il y a eu le Manifeste des 343 en 1971 mais, en fait, nous étions des milliers. » Pour Aude Leroy, présidente de l’association Femmes Solidaires de Fontenay, « Le 17 janvier 1975, est plus qu’une date symbolique. C’est une avancée énorme aussi bien du point de vue de l’égalité (avant, seules les femmes avec un réseau et/ou de l’argent pouvaient en bénéficier) que de la liberté. La pénalisation et, donc, la clandestinité représentait une véritable mise en danger: beaucoup ont subi des complications médicales désastreuses, allant jusqu’à la mort. Sans compter le poids moral important, la culpabilité qu’elles portaient. »

IVG DANS LA CONSTITUTION

Environ quarante-neuf ans plus tard, le 8 mars 2024, la liberté garantie des femmes de recourir à l’IVG était inscrite dans la Constitution. « Nous pouvons nous en féliciter, nous sommes le premier pays au monde », nous dit Aude Leroy. On pourrait, donc, penser qu’en France tout du moins ce droit conquis est devenu un acquis. Cependant, « il faut que la loi soit suivie de moyens pour pouvoir être appliquée pour toutes, poursuit-elle. Il y a encore trop peu de lieux où l’IVG autre que médicamenteuse peut-être pratiquée et des disparités existent sur le territoire. » En effet, le Planning Familial déplore : « Depuis 2009, la loi Hôpital Patient Santé Territoire et la généralisation de la T2A (Tarification à l’activité) entravent l’accès aux soins et en particulier à l’avortement. 130 centres IVG ont été fermés ces 15 dernières années et d’autres sont menacés. » Même problématique concernant l’accompagnement psychologique dont certaines peuvent avoir besoin. « Les moyens ne sont pas à la hauteur des enjeux », résume la présidente de Femmes Solidaires de Fontenay.  

FAIRE RESPECTER LE DROIT

En outre, cinquante ans après, ce droit est toujours et encore attaqué. « La remise en cause de ce droit fait vraiment peur », se désole Lucile. Et, pas seulement aux États-Unis ou en Italie. « En cours, l’IVG est abordée que ce soit en SVT ou en socio via le combat de Simone Veil,nous dit Emma, 15 ans, en classe de seconde. C’est un droit qui nous protège mais certains sont encore contre, voient ça comme un crime. » Aude Leroy expose : « Les "anti" sont très organisés, diffusant des campagnes de désinformation et de lobbying grâce à des sites très bien classés dans les moteurs de recherche, les réseaux sociaux ou encore des relais médiatiques importants. » Rappelons, par exemple, qu’en 2024, un présentateur de CNews avait assimilé l’IVG à une cause de mortalité. « Il ne faut pas baisser les bras et continuer. Continuer d’informer le plus grand nombre possible via l’éducation, entre autre, car plus on est informé sur ses droits, plus on est à même de les défendre. Des droits que l’on met beaucoup de temps à conquérir peuvent, parfois, être annulés avec une signature au bas d’un décret », poursuit-elle. Et qu’en pense Marie, qui a aux côtés de milliers d’autres marché et milité ? « Ce sont eux les criminels! Ils veulent que l’on retourne comme avant-guerre! Il faut que les femmes aient le pouvoir sur leur corps. Pour cela, je pense qu’il faut éduquer, informer. La connaissance, c’est le pouvoir! »