L’ÉGALITÉ ? C’EST DU BOULOT !

Mars 2026

Malgré l’encadrement par la loi de l’égalité professionnelle, les femmes subissent aujourd’hui encore de trop nombreuses discriminations dans le monde du travail.

«  Grève féministe!  », tel est le mot d’ordre de l’appel national et unitaire lancé par plus de 75 associations, mouvements et syndicats, le 8 mars prochain, dans le cadre de la Journée internationale de mobilisation pour les droits des femmes. «  Nous appelons à la grève du travail, des tâches domestiques et de la consommation. Sans les femmes, tout s’arrête! Nous sommes déterminées à lutter contre le pouvoir, faire entendre les voix de toutes pour arracher l’égalité  », précise le communiqué du collectif. Nina, quarantenaire fontenaysienne, a décidé de rejoindre l’appel en participant, pour la première fois, à la manifestation à Paris : «  Ce qui m’interpelle le plus c’est le traitement de la société face à ces inégalités qui sont reléguées au second plan, un peu comme si elles étaient une fatalité. Ce n’est pas normal que nous soyons moins bien payées, que nos carrières soient freinées et que l’on subisse encore trop souvent toutes sortes de discriminations à l’embauche.  » Pour Aude Leroy, présidente du comité local de l’association Femmes Solidaires, s’engager demeure essentiel : «  Il ne faut pas oublier que les avancées sociales concernant l’égalité des femmes sont le fruit de mobilisations syndicales et de mouvements féministes et que si la loi a évolué, ce n’est nullement de manière spontanée.  » Bien que l’égalité femmes-hommes soit un principe constitutionnel et malgré un corpus législatif pour l’égalité professionnelle, la situation des femmes sur le marché du travail reste fragile, avec des conséquences économiques et sociales dramatiques.

DES ÉCARTS PERSISTANTS

Quand on parle d’inégalités professionnelles, les chiffres sont éloquents, notamment ceux concernant les écarts de salaires. Selon les données de l’Insee, dans le rapport de 2023 de l’Observatoire des inégalités : en moyenne, les femmes gagnent 24 % de moins que les hommes. À temps de travail équivalent, elles touchent 15 % de moins. Ces différences se traduisent, notamment, par le fait que, parmi les cadres, les femmes occupent rarement les postes les plus élevés et que ce sont majoritairement elles qui exercent des emplois peu rémunérateurs. 61 % des emplois non qualifiés (ouvriers et employés) sont occupés par des femmes. Ce sont également elles qui occupent majoritairement des emplois à temps partiels. Selon les chiffres de la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES) de 2024, elles représentent 83 % sur ces contrats. De plus, le recours au temps partiel augmente pour les femmes avec le nombre d’enfants. Selon les chiffres de l’Insee, en 2023 : 35,5 % des femmes salariées ayant au moins trois enfants à charge travaillent à temps partiel. Cela s’explique, entre autres, par le manque de moyens de garde et par le fait que les revenus des hommes étant plus élevés dans 3 couples sur 4, le choix du maintien de l’activité se porte sur lui. «  Elles ont moins d’opportunités d’évoluer car la charge du travail domestique est plus pesante pour elles leur laissant moins de temps par exemple pour partir en formation ou préparer des concours. Ces inégalités s’observent dès les recrutements, où elles sont généralement à qualification égale, écartées au profit d’un homme qu’on jugera potentiellement plus opérationnel », poursuit Mme Leroy.

LES STÉRÉOTYPES DE GENRE

Les stéréotypes de genre ont la dent dure. Ils sont le socle des inégalités entre les femmes et hommes, et cela dès l’enfance, en créant une division du travail entre métiers « masculins » et « féminins ». Ces derniers étant marqués par la précarité : temps partiel et bas salaire. À cela s’ajoute le plafond de verre ou le syndrome de l’imposteur limitant les femmes à s’affranchir de ces stéréotypes, avec un impact dans leur évolution de carrière. «  Dès le plus jeune âge, on apprend aux filles à prendre soin des autres et à être dans l’empathie. Ces stéréotypes les orientent, inconsciemment, vers les métiers du care, où elles sont surreprésentées. Mais il n’y a rien d’inné chez les femmes à s’occuper des personnes plus que les hommes. Ces métiers, féminisés de par l’éducation genrée, ne sont pas valorisés, donc mal payés car notamment, on part du principe que les compétences qu’ils nécessitent sont des prédispositions naturelles chez les femmes. Cela entraine entrainent la non reconnaissance des pénibilités de ces métiers bien qu’ils soient éprouvants et usants avec un impact important sur la santé des femmes au travail  », observe Cassandre Camus, chargée de mission Droits des femmes, au CCAS. La mixité des métiers progresse, mais lentement. Et pourtant, dans l’ensemble de l’enseignement supérieur les femmes représentent 56 % des étudiants. Elles forment 84 % des effectifs des formations paramédicales et sociales, mais seulement 30 % des élèves ingénieurs. Marion Guérin, scientifique fontenaysienne, s’est vu décerner en octobre dernier, avec 34 autres lauréates, le 19e Prix Jeunes Talents L’Oréal-UNESCO pour les femmes et la science 2025. Un prix qui vise à donner de la visibilité aux femmes scientifiques. Elle se confiait dans le journal municipal de janvier dernier au sujet des inégalités et des sous-représentations des femmes dans les disciplines scientifiques : «  On devrait poser un regard différent sur moi, les scientifiques hommes en particulier, sont encore nombreux à considérer qu’une femme doit prouver deux fois plus ses qualités.  » Engagée pour la cause des femmes, la biologiste est marraine de Girls for Sciences, une association qui promeut auprès des lycéennes l’accès des filles aux métiers scientifiques.

CONSÉQUENCES SOCIALES

«  On constate des reculs sur les actions menées comme la réduction de subventions pour les associations féministes ou pour la lutte des violences faites aux femmes. Les lois ne suffisent pas. Il y a un manque de moyens, notamment financier pour favoriser l’égalité. Les inégalités salariales continuent de se creuser et de produire des inégalités sociales  », alerte la présidente de Femmes Solidaires. Alors que le taux de pauvreté en France atteint des records, les femmes demeurent en première ligne, et en particulier les familles monoparentales, qui représentent un foyer sur quatre. Dans 82 % des cas, ce sont les femmes qui en sont à la tête. Ces foyers sont plus touchés par la pauvreté Selon les estimations de l’Insee de 2023 : en France 34,3 % des familles monoparentales vivent sous le seuil de pauvreté. «  Quand elles passent sur ce statut, les femmes s’appauvrissent avec une vulnérabilité plus importante et demeurent d’autant plus fragilisées sur le marché du travail. À Fontenay, elles représentent 86 % des familles monoparentales », précise Mme Camus.