Les usines de pianos GAVEAU

(1896-1971)

La « Société Gaveau Frères » installe une usine de fabrication de pianos en 1896 à Fontenay, non loin de la ligne de chemin de fer « Paris-Bastille » et d’une gare de marchandises, sur près de 30 000 m² de terrain. 16 000 m² sont réservés à une cité ouvrière composée de 2 immeubles d’une centaine de logements, rue Jean-Jacques-Rousseau et de 29 villas mitoyennes, rues Pauline, Thérèse et Yvonne (prénom des filles Gaveau). Les installations industrielles sont réparties sur 14 000 m². Les bâtiments, en briques et meulière, se répartissaient autour d’une cour centrale au milieu de laquelle se dressait une haute cheminée. Ils sont l’œuvre de l’architecte Henri Pucey.

Vue aérienne des usines de Fontenay, années 40. Coll. AMFSB

Dessin de la manufacture Gaveau, extrait d’un catalogue publicitaire, 1898. Coll. AMFSB

carte postale ancienne de la rue Pauline. Coll. AMFSB

 

La fabrication industrielle de pianos nécessite de nombreuses étapes réparties dans de nombreux ateliers : de plaque, de réparation des machines et serrurerie, de barrage, de tablage, du clavier, de laquage … Les bois achetés en forêt sont d’essences très variées et parfois rares (le palissandre, le sycomore, l’acajou …). La qualité est essentielle. On choisit de gros troncs, droit de fil, sans nœuds ni défauts. Une voie ferrée de raccordement pénètre jusque dans l’enceinte de l’usine pour faciliter le transport jusqu’à la galerie des machines (galerie de 75 mètre de long) où sont débités les bois. Ensuite, ils sont séchés entre 3 et 8 ans dans des hangars ou en plein air. Une terrasse est destinée à recevoir les ivoires achetés bruts à l’état de défense et qui, débités, resteront exposés à l’air et au soleil pour sécher et blanchir. Au plus fort de la production, 450 ouvrières et ouvriers sortaient 3000 pianos par an, exportés dans le monde entier.

Avant de venir s’installer à Fontenay-sous-Bois, le fondateur de la Maison Gaveau, Joseph-Gabriel (1824-1899), débute modestement dans un logement parisien. Ayant gagné assez d’argent avec la vente de ses premiers pianos, il créée un atelier, rue des Vinaigriers à Paris en 1847.

Joseph-Gabriel Gaveau (1824-1899), extrait du catalogue publicitaire, 1898. Coll. AMFSB

Ateliers de Joseph-Gabriel Gaveau, rue des Vinaigriers à Paris en 1847, extrait du fascicule commémorant les 100 ans de la Maison. Coll. AMFSB

 

A ses débuts, Joseph-Gabriel Gaveau reste dans la tradition des grandes Maisons de l’époque : Pleyel et Erard. Il s’applique à fabriquer des pianos droits, solides. Puis il cherche à améliorer certaines techniques comme la forme du nez en passant d’un angle droit à un angle obtus pour faciliter la répétition. Il adopte progressivement la « nouvelle technologie » avec le croisement des cordes, le cadre métallique coulé … On parle alors de « mécanique Gaveau ».

Modèle de piano droit, vendu dans le catalogue publicitaire de 1898. Coll. AMFSB

 

Tout au long de son histoire fontenaysienne, la Maison Gaveau connaît des heures difficiles. En 1908, l’usine est ravagée par un important incendie. Etienne Gaveau, le fils de Joseph-Gabriel et son successeur à la tête de l’entreprise, déclare près de 12 millions de francs de l’époque de dégâts à l’assurance. 12 pompiers et ouvriers furent blessés. Tous les pianos entreposés dans le pavillon des expéditions, les outils de 175 ouvriers partent en fumée. Un an fut nécessaire pour tout reconstruire.

Bâtiment de l’usine en partie détruit par l’incendie de 1908. Coll. AMFSB.

Et cette photo de 1936 rappelle que les ouvrières et les ouvriers se battirent pour défendre leurs droits, leurs salaires et obtenir des congés payés.

Ouvrières et ouvriers en grève devant l’usine Gaveau en 1936. Coll. AMFSB

 

L’usine de Fontenay ferme ses portes en 1971. Les pianos se vendent moins bien, la production baisse. Les salles de concert ne rencontrent plus le même succès que dans les premières décennies du XXème siècle. La concurrence étrangère n’arrange pas les affaires de l’entreprise qui fusionne avec Erard en 1959 et avec Pleyel deux ans plus tard. Progressivement, la production de pianos est transférée en Allemagne à la Société SCHIMMEL. La Sté pharmaceutique Roche (aujourd’hui CENEXI) a racheté les biens.

De ce passé industriel demeurent cette cité et un bâtiment qui servait à monter le meuble, ajuster et régler le clavier et la mécanique (rue marcel-et-Jacques-Gaucher). Les premières notes de musique des pianos y naissaient très certainement. Elles continuent de résonner à nos oreilles. Dans sa chanson de 1962 intitulée « Charleston des déménageurs de pianos », Serge Gainsbourg nous rappelle combien il est difficile de déménager un piano, même un Gaveau !

John Medeski - Luz Marina
Serge Gainsbourg - Charleston des demenageurs de piano

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